I have a dream


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Flash-Back : épisode 4

Assise dans l’ombre d’une colonne, atterrée, je contemple les femmes, coiffures hautes comme des monuments, en longues toges, cousines de l’idole dans le temple, mais bien réelles, elles, moins majestueuses, et leurs robes traînent au sol, raclant les ordures qui y pourrissent. Faire demi-tour et m’accroupir dans un coin, comme une petite fille terrifiée, perdue, parce que je ne suis rien d’autre à ce moment… le désir est fort, mais cette angoisse viscérale de la déesse en pierre, qui me parait cruelle à force d’être absurde, me retient de pénétrer de nouveau dans la grande salle de marbre. J’essaie de me concentrer, de trouver une raison, une cause, je cherche des yeux un détail qui me dirai que tout cela n’est qu’une blague, un grand carnaval. Mais je ne trouve rien. Rien que quelques hommes pressés et manifestement importants, arborant un air de mépris, qui fendent la foule, entourés d’esclaves en courtes tuniques. D’autres hommes, sales, maigres, aux gestes brusques. Des enfants qui courent dans les jambes de marchands soucieux de protéger leurs étals ; De tout jeunes hommes et femmes, peut-être mon âge, des enfants pour ainsi dire, qui pourtant attirent des hommes riches dans des recoins sombres ou des auberges miteuses. En effet, tout autour de la place au bas du temple sont alignés des immeubles, des tavernes, des logements.
Je ne suis pas stupide. A cet instant je suis même sûre de moi. Et très, très lucide. Il m’est arrivé d’écouter en cours, et je reconnais cette ville comme romaine. Et même, sûrement, Rome elle-même. J’ai remarqué des thermes, j’ai trouvé des preuves, pas celles que je cherchais.
Ici tout est peu reluisant et je devine que ce n’est pas un quartier riche. Néammoins, je peux voir plus loin, derrière les constructions délabrées, derrière la poussière grise que soulève la populace, deux hautes collines, et j’y distingue des villas blanches et luxueuses. J’imagine des places vastes et des lieux officiels, des rues pavées. Je ne sais plus quoi faire et je suis à deux doigts de pleurer, là, sous le soleil resplendissant de ce milieu de journée. Soudain, mon assurance s’effondre, car à quoi bon savoir où je suis ? Je ne sais ni où aller, ni quoi penser. Aurais-je pris un coup trop fort sur le crâne ? Est-ce que je rêve? Peut-être que je suis dans le coma, que je délire… des scénarios aussi absurdes que terrifiants germent dans mon esprit, qui a besoin de se mentir, oui, je me ment, je prie pour que mes mensonges soient vrais, mais au fond, je sais que c’est bien pire que tout ce que je peux imaginer.


Flash-Back : épisode 3

J’ai dû faire un petit malaise. La chaleur, sans doute. Rien de grave, je me sens beaucoup mieux. Mes paupières sont lourdes. Je garde les yeux fermés et je réfléchit un peu. Je suis allongée sur un sol glacé. C’est drôle, je suis tombée en plein soleil, la terre devrait être plus tiède que ça… Ce qui veut dire…Oh non ! La prof a dû me découvrir dans les pommes et… on m’a déplacée à l’interieur ! Ce doit être ça… Maintenant je suis cuite, je vais être collée pour le restant de mes jours ! Je ferai mieux de faire semblant d’être évanouie encore un peu, moi.
Soudain, je remarque quelque chose : il n’y a pas un bruit. Étrange.
J’entr’ouvre prudemment un oeil. Je ne me souvient pas avoir vu cette pièce haute de plafond lors de la visite. Mais, avouons-le, je n’ai pas été très attentive. Un immense bas-relief orne les murs, comme s’il racontait une histoire, mais pas trace de mon groupe : ni Mlle Berger, ni Matthieu, ni aucun autre elève. Pas de guide non plus. Je me redresse. Je suis dans une sorte de temple romain, rectagulaire, immaculé. De l’encens brule dans des coupes de bronze posées à même le sol. Peut-être une reproduction grandeur nature ? Je me relève et fais quelques pas vers ce qui semble être un autel, surmonté d’une statue représentant une grande femme au visage doux, encadré de courtes boucles de marbre, enroulée dans une tunique longue qui tombe à ses pieds nus en grands plis de pierre ; elle porte dans une de ses mains blanches une gerbe de blé et dans l’autre une serpe. Je reste ainsi plusieurs minutes, le visage tourné vers la déesse romaine. Elles est bien plus grande qu’un être humain normalement constitué, elle est belle. J’effleure sa main gauche, celle qui porte le blé. Son contact est froid. Brusque retour à la réalité. Je m’attendait, stupidement, à ce que les longs doigts livides sur lesquels des veines bleues courent soient doux et tièdes sous ma main. L’idole de pierre me fascine et m’effraie à la fois. Je fais demi-tour et me mets à courir. Une porte de bois aux battant entrouvers, encadrée d’une arche de pierre, marque l’entrée du temple, par laquelle un peu de lumière pénètre. Je la franchis… Et stoppe brutalement. Recule de quelques pas. Observe plus attentivement l’arche. Le pierre est blanche et polie, toute neuve. Mais là, à la hauteur de mon visage, sont distinctement gravés des signes en tout petit. Les mêmes, exactement les mêmes, que ceux que j’ai vu inscrits sur l’arche romaine en ruine avant de m’évanouir. En fait… c’est cette arche. Sauf… sauf qu’elle n’est pas en ruine. Je ne comprends pas, je ne veux pas comprendre. Je veux retrouver le groupe. Purger mes heures de colle. Je quitte le temple. Devant moi sont alignées d’immenses colonnes. Style corinthien. Ou pas. Je n’ai pas suivi cette leçon non plus. J’avance vers l’une d’elles et manque tomber dans les pommes de nouveau. Devant moi s’étalent de monumentales marches blanches. La lumière aveuglante s’y reflète et m’éblouit. Mais pas au point de ne pas voir le bas de cet escalier immense. À son pied grouille une foule bigarrée. Une foule disparate qui crie et qui court.
Ces gens, qui qu’ils soient, ne sortent pas du vingt et unième siècle.


Flash-Back : épisode 2

Le guide reprend son interminable monologue. J’ai dans l’idée de laisser le groupe me distancer lorsque soudain, toute la troupe s’arrête devant une fosse où subsiste une immense arche de pierre, seule vestige d’un temple romain. Impressionnante, c’est sûr. Comment tient-elle debout d’ailleurs ? Ils n’avaient pas le ciment, les Romains, que je sache ? On nous raconte peut-être son histoire, mais je n’écoute pas. Les autres élèves non plus d’ailleurs. Matthieu s’avance vers moi et me chuchote à l’oreille :
- Eliane ? T’es chiche de descendre jusqu’à l’arche ?
Matthieu est mignon. Et il est… tellement gentil, compréhensif, c’est vrai, je crois que lui m’aime bien, si il n’y avait pas les autres, peut-être… Et c’est si rare qu’on s’intéresse à moi. J’apprécie d’un coup d’oeil le dénivelé de la fosse et je hoche la tête :
- Tu me prends pour qui ? Evidemment que je peux le faire !
Je suis sûre de beaucoup l’impressionner, sûre aussi de le regretter si je me fais prendre, les menaces de ma prof étants particulièrement limpides.
- Alors, t’y vas ?
Un petit groupe s’est rassemblé autour de nous, une fille s’approche, une qui ne me parle presque jamais :
- Allez Éliane ! La prof va sûrement fait un arrêt cardiaque !
On ricane bêtement.
Je n’ai pas envie qu’ils me prennent pour une trouillarde. Je crois que même si pour la plupart ils ne m’aiment pas, ils admirent ma témérité. Je l’espère…
- OK, c’est bon, je fonce ! Attention les yeux !
Je me glisse sous la barrière de sécurité, ignore le panneau “défense d’approcher”, dévale la pente en un éclair dans un nuage de poussière brune, entraînée par mon élan, et je me planque derrière l’arche – que j’ai bien failli percuter. On ne le voit pas de là-haut, mais elle est gravée d’inscriptions en latin, de runes incompréhensibles, de symboles qui me laissent une impression étrange, un peu désagréable. Pour masquer mon malaise, je fais signe aux copains, là-haut. La prof ne s’est aperçue de rien, ils pouffent de rire, quand soudain, le guide se retourne. Je me recroqueville contre la pierre froide en priant pour qu’il ne m’aie pas vue… et j’aperçoit, juste sous mon nez, une inscription en tout petit -et en latin-. Je l’effleure du bout des doigts. Je n’arrive pas à la déchiffrer, les lettres sont illisibles, mais même si je le pouvais, je serai bien incapable de la traduire. Je dors en cours, vous l’aurez compris… J’ai des picotements dans tout le corps. Je crois que je vais remonter, je ne me sens pas très bien ici. Je passe sous l’arche pour entamer la remontée de la pente mais… Ma tête tourne, tourne…
Je m’effondre sur le sol de terre battue.


Flash-Back : épisode 1

- Et ici, un superbe monument, remarquablement conservé ; on peut d’ailleurs parfaitement observer le style des colonnes qui…
Tiens, une coccinelle… Quelle jolie bestiole. Mais où est-ce qu’elle va comme ça ? Viens ma belle… Ah… Envolée. Elle en a de la chance, tiens ! Qu’est-ce que je ne donnerai pas pour pouvoir déployer des ailes translucides et m’envoler loin de cette sortie scolaire ! Les nuages sont si beaux ! Comme ils doivent êtres confortables, un peu comme du coton, et…
- Éliane Russel !
La voix grincante a des intonations exaspérées.
Éliane Russel… Mmmh… je la connais celle là… Mais oui, c’est cette grande fille blonde, toujours dans la lune, celle là ! Elle pourrait faire un effort pour s’intéresser au discours lassant de notre guide…
- Éliane Russel ! Pourriez-vous songer à vous relever et de cesser de regarder le ciel désespérément ? Aucun avion ne viendra vous enlever !
Cette fois, le ton est sec et ça fait tilt. Éliane Russel, c’est moi, très vraisemblablement.
Je me relève, passe mes mains sur mon jean pour enlever la terre qui n’a pas manqué de s’y accrocher, et fait face à la prof énervée ;
- Éliane Russel.
Mademoiselle Berger articule mon prénom très lentement, dans un soupir, comme quelqu’un qui l’a déjà prononcé trop de fois. Et elle ajoute, juste au cas où je ne me rendrai pas compte qu’on va me passer un savon :
- Je me demande bien ce qui peut justifier votre évident manque d’intêret pour ces superbes ruines antiques, mademoiselle.
Je ne dois pas répondre. N’aggravons pas mon cas. Surtout, rester calme. La prof de latin poursuit, je baisse la tête sous les regards satisfaits de mes sympathiques camarades de classe:
- Depuis le début de l’année, votre attention ne cesse de baisser, et ce, quelle que soit la matière. Votre attitude est la même autant en cours qu’en sortie. Pourquoi ?
Elle n’attend pas de réponse. C’est une question, comment… réthorique, voilà, comme dit ma prof de français. Respire, Éliane. Je ne devrai pas parler, mais trop tard :
- Ça m’intéresse pas.
J’aurai dû me taire. J’aurai dû me taire.
- Éliane Russel…
Décidément, elle adore mon nom.
- Vous serez retenue deux heures. Nous continuons la visite. En route tout le monde.

Je suis vraiment une chanceuse.


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